Ce qu’il faut savoir sur la mandinga

 

Artigo disponível em português aqui! O que você precisa saber sobre Mandinga

Mandinga est un groupe de pop roumain créé en 2000 par 4 musiciens. Depuis leur création, ils ont déjà changé trois fois de vocalistes. Elena Gheorghe a quitté le groupe en 2005, Elena Ionescu en mars 2016 et aujourd’hui c’est l’espagnole Barbara Isasi qui la remplace…

Très bien, soyons sérieux deux minutes et abordons la mandinga dans un autre registre!

La mandinga est un des concepts les plus difficiles à saisir. Tout le monde sait vaguement de quoi il s’agit et a entendu ce mot là plusieurs fois. Comme la plupart des notions abstraites que l’on retrouve au sein de la capoeira, la cerner est digne d’un exercice d’équilibriste.

 

  Besouro Manganga: mandingueiro de légende

 

Manuel Henrique est né en 1895 à Santa Amaro, une ville situé dans l’etat de Bahia.

Il aimait se battre avec la police et ne perdait jamais face à eux, ce qui a permis d’augmenter sa notoriété dans la région à une époque où pratiquer la capoeira et autres actes de malandragem était sévèrement réprimé. Quand le nombre de policier venait à être trop grand il se transformait en scarabée et parvenait à s’échapper d’où l’attribution du surnom de Besouro Manganga.

Beaucoup de ces contemporains ont assimilés cette faculté à se tirer d’affaire à son appartenance au condomblé.

Le condomblé est une religion afro-brésilienne. Originaire des trois nations africaines suivantes Ketu-Nago, Angola-Congo et Jeje, elle est basée sur le culte des orixas*. J’aurai l’occasion d’approfondir ce sujet lors d’un prochain article dédié au condomblé.

La mandinga* du condomblé rendait le corps de Besouro « fermé » insensible aux balles et aux pointes des couteaux.

D’autre part, son cousin et disciple Cobrinha Verde nous relate avec quel brio Besouro parvenait à renverser des situations délicates à son avantage.

 

Qui dit mandinga dit candomblé?

Connaissant maintenant l’histoire de Besouro, il serait légitime de penser que la mandinga s’acquiert à travers le candomblé ou par extension à travers une religion permettant d’y accéder. En vérité ce n’est pas aussi simple que cela.

As-tu déjà entendu parler des mandingues ? Les mandingues constituaient le plus grand groupe ethnique de leur époque. L’empire mandingue, aussi appelé empire du Mali fut fondé par le roi Sundiata Keita au XIII siècle.

L’empire du Mali s’étendait entre le Sahara, la forêt équatoriale, l’océan Atlantique et la boucle du Niger. Avec nos cartes actuelles il se situerait au Mali, Burkina Faso, Sénégal, Gambie,Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie et sur une grande partie de la Côte d’Ivoire.

Très présente en Afrique occidentale, beaucoup de mandingues furent embarqués dans les négriers pour traverser l’Atlantique durant la traite négrière entre le XVI et le XVIIIème siècle.

Ainsi, mandinga désignait à cette époque, un groupe ethnique originaire d’Afrique de confession musulmane. Ceux-ci avait pour habitude de porter un collier avec à l’extrémité un bout de cuir où était inscrit des passages du Coran. Les africains n’appartenant pas à cette ethnie qualifiaient ce pendentif de patuá*.

Etant plus instruit que la moyenne, les esclavagistes leur donnaient des postes de confiance, notamment celle de capitão do mato*.

Les mandingues avaient pour rituel de se réciter quelques versets du Coran pour se reconnaître entre eux. Cette pratique permettait d’identifier et de capturer immédiatement les esclaves fugitifs qui tentaient de prendre l’apparence des capitães do mato: coiffé d’un turban et la patuá autour du cou. Cependant, il n’y avait pas d’inscription sur leur bout de cuir.

Les autres goupes ethniques assimilaient cette identification mutuelle à un rituel magique et conféraient au patuá des pouvoirs surnaturels qui permettaient aux mandingues de les démasquer.

Candomblé, Islam. Nous pouvons voir à travers ces exemples que la mandinga a des liens tangibles avec la religion. Cependant, la mandinga prend un sens légèrement différent à l’intérieur de la ronde.

 

Mandinga, L’art de feindre

 

Dans les rodas de capoeira, la mandinga est l’art de feindre. Elle est la capacité à dissimuler ses réelles intentions pour atteindre ses objectifs. Le mandingueiro joue sur les apparences et réussit à tromper son camarade de jeu en interprétant des sentiments ou des comportements qui n’existent qu’en apparence.

Le mandingueiro fait preuve de malice et de sagacité. « Finge que vai mas não vai ». La mandinga est l’artifice du capoeiriste qui lui permet de se sortir d’une mauvaise posture.

Il faut noter tout de même, que le capoeiriste n’est pas forcément mandingueiro, mais aussi que tout mandingueiro n’est pas nécessairement capoeiriste. Il existe des capoeiristes qui ne possèdent absolument pas cette capacité à tromper l’autre. Tout comme il existe des mandigueiros, qui sans pratiquer la capoeira possédait en eux cette magie qui leur permettait de disparaître ou de se tirer d’affaire.

Il est de ton droit de savoir si tu peux espérer un jour utiliser la mandinga, ou bien la développer. C’est assez délicat car la mandinga ne peut être enseigné, il n’existe pas de cours de mandinga à ce jour ! Néanmoins, rien ne t’empêche d’observer les vieux maîtres, de les questionner au sujet de la mandinga. Le jeu en vaut la chandelle car elle te sera utile dans la ronde mais aussi dans la vie de tous les jours.

 

Lexique

 

Mandinga : peut être traduit par le terme de magie blanche

Orixa : divinité du candomblé

Patuá : amulette

capitão do mato : chasseur d’homme, chargé de capturer les esclaves en fuite.

« Finge que vai mas nao vai » Il feint qu’il s’en va mais ne s’en va pas

 

En savoir plus

Les Mandingues, article Wikipédia

A Capoeira Mãe de João Pequeno , entrevue de Rui Takeguma

 

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