Pastinha, une vie à travers la capoeira

L’hiver était plus frais que la moyenne en ce début de l’année 2012. C’est généralement la période où l’affluence des musées remontent. Admettons tout de même qu’il est beaucoup plus agréable d’être à l’abri, bien au chaud, et d’admirer les œuvres de nos prédécesseurs.

En déambulant dans les galeries du musée des Arts décoratifs à Paris, un couple attire mon attention. L’homme jetait un coup d’œil très bref aux œuvres, bayait aux corneilles, en quête d’une activité plus stimulante. La femme quant à elle semblait plus qu’absorbée par toutes les créations artistiques exposées tout autour d’elle. Pendant un cours instant, l’homme grogna quelques mots à sa femme en portugais puis s’en alla. Je décide d’engager la conversation avec ce monsieur.

Etonné de voir que je comprenne le portugais, ce bon monsieur semble enchanté. Je lui fais savoir que la capoeira m’a permis d’apprendre cette langue. A ces mots, l’homme m’apprend qu’étant plus jeune il a pris quelques cours de capoeira avec un certain Mestre Pastinha. Sur le moment, je trouve ça un peu gros ! J’ai à peine le temps de digérer ses paroles que le vieil homme prend congé de moi et décide de rejoindre sa femme qui a déjà atteint le bout de la galerie. Je lui dis au revoir, puis je continue de cogiter sur ce qu’il vient de me dire.

J’effectue brièvement le calcul pour savoir ce qu’il me dit est plausible. Un homme d’à peu près 70-80 ans sachant que Pastinha a enseigné à partir de 1935… c’est tout à fait plausible en vérité ! Je décide donc de retrouver le fameux couple. Hélas il était trop tard, il avait disparu, les anciens sont pleins de mandinga !

Un ancien élève de Pastinha qui vient à moi, comme la vie peut être surprenante. Tu n’as sans doute pas compris ma réaction au moment où le vieil homme a prononcé le mot « Pastinha ». Je vais par conséquent te présenter qui il était et quel rôle il a joué dans l’histoire de la capoeira.

 

  Les origines

Vicente Joaquim Ferreira Pastinha est né le 5 avril 1889 à Salvador d’une mère noire, Raimunda dos Santos et d’un père espagnol José Senor Pastinha.

Ce mélange assez atypique est dû à plusieurs facteurs. Depuis le 16eme siècle, les villes côtières connaissent un afflux important de populations venues du monde entier.  Une partie de cette population se compose des esclaves issus du Commerce Triangulaire.

L’autre partie sont des migrants venant principalement d’Italie, du Portugal et de l’Espagne qui fuyaient principalement les régimes politiques instables de l’époque. En effet, en Europe, à partir de la moitié du 19ème siècle, on assiste à de véritables soulèvements des peuples qui souhaitent mettre un terme à l’hégémonie des régimes monarchiques. Le Brésil est synonyme d’espoir et de renouveau pour la plupart des européens qui souhaitent reconstruire leur vie dans une atmosphère sereine et stable.

 

   La rencontre fortuite

Mestre Pastinha nous rapporte qu’il n’a pas appris la capoeira à l’école, mais que c’est le destin qui l’a conduit à la capoeira. A l’âge de 10 ans, un autre enfant plus grand que le petit Pastinha devient son rival. A chaque fois qu’ils se rencontrent, ils finissent par se bagarrer et malheureusement, le petit Pastinha perd toujours.

C’est en assistant un jour à la scène de combat qu’un vieil africain du nom de Benedito décide de prendre Pastinha sous son aile et lui dit qu’il n’a aucune face à ce garçon, étant donné leur différence de taille. Ainsi Pastinha débuta l’apprentissage de la « malice » et de la capoeiragem auprès du maître Benedito.

 

  L’appel de la capoeira

mestre-pastinha-foto1Après sa formation chez le maître Benedito, Pastinha rencontre de nouveau son rival et remporte cette fois la victoire en ne lui portant qu’un seul coup. Après cet épisode, ils se réconcilient et restent même bons amis. Par la même occasion, sa côte de popularité augmente à travers les rues de Salvador.

Jusqu’à l’âge de 21 ans, Pastinha étudie la peinture, l’art de l’escrime et suis des cours de guitare. Il passa même plusieurs années dans la marine de guerre. Cependant, il met fin à sa carrière dans la marine pour se dédier à ses passions : la capoeira et la peinture. De 1910 à 1913, il enseigne la capoeira de façon clandestine car la capoeira était interdite par le Code Pénal à cette époque.

En 1913, le maître Pastinha décide de mettre de côté la capoeira à cause de la sévère répression qu’elle subit. Une pause qui durera quasiment 20 ans où il travaille en tant que peintre, maçon, livreur de journaux et s’aventure aussi dans les maisons de jeu. Une période de la vie assez trouble du maître, qu’il n’aime pas se remémorer.

En 1935, Mestre Pastinha ouvre sa première académie près du quartier du Pelourinho. 6 ans plus tard il déménage dans le quartier du Pelourinho crée le CECA : centre sportif de capoeira angola.

 

  Pour le meilleur et pour le pire

Le maître Pastinha se distingue parmi les maîtres de sa génération. Au fil du temps, il développa ses capacités à enseigner, fut l’un des premiers à mettre en place une méthodologie d’enseignement. Il fut le premier à décrire et poser les bases de la philosophie de la capoeira.

Son école forma de nombreux maîtres dont certains sont encore en activité aujourd’hui : maître João Grande, maître João Pequeno, maître Curió, maître Bola Sete, maître Boca Rica pour ne citer qu’eux.

pastinha-e-jorge-amadoSon école attira de nombreuses personnalités comme, le dessinateur Carybé et l’acteur français Jean-Paul Belmondo, l’écrivain Jorge Amado. En 1964, Pastinha écrit un livre intitulé Capoeira Angola avec l’appui de Jorge Amado qui deviendra son ami par la suite.

Pastinha et son groupe se présentèrent dans plusieurs états du Brésil afin de faire découvrir la capoeira Angola. En 1966, Il reçut l’honneur de représenter la délégation brésilienne au 1er Festival des Arts Nègres à Dakar.

En 1973, les premiers déboires de Vicente Ferreira Pastinha commencent. Il est expulsé de son académie par la fondation du Patrimoine prétextant qu’il lui attribuera un nouvel espace. En dernier recours, il trouve refuge dans une chambre avec sa femme sa fille et ses trois petits fils en s’apercevant qu’il n’obtiendra jamais de nouveaux locaux. Ces évènements tragiques impactent la santé du Maître Pastinha qui entre en dépression et perd considérablement la vue. Malgré la bonne volonté et les bons soins de sa femme Maria Romélia Costa Oliveira, Vicente Joaquim Ferreira Pastinha meurt le 13 novembre 1981 d’un arrêt cardiaque.

Triste fin pour un monsieur qui a consacré sa vie à la capoeira… Et toi comment aurais-tu réagis à ma place en parlant à ce vieil homme dans le musée ?

 

Ressources

A biografia do Mestre Pastinha, Blog Capoeira Exports

The Tradition of Capoeira Angola, Capoeira Angola Center

Vicente Ferreira Pastinha, Fundaço Arte Vida Capoeira

Maître Pastinha, Capoeira-infos.org

Musée de l’Immigration de l’état de Sao Paulo

 

 

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