Comment Bimba a révolutionné la capoeira ?

« En 1928, j’ai créé, de manière complète, la Régionale, qui est le Batuque mélangé avec l’Angola avec plus de coups, une véritable lutte, bonne pour le physique et l’esprit » En prononçant cette phrase, Manuel dos Reis Machado, plus connu sous le nom de Bimba, ne réalise pas à quel point la Régionale bouleversera le monde de la capoeira.

Issu d’une famille pauvre dont il est le plus jeune, Manuel a dû commencer à travailler très tôt pour subvenir à ses besoins. Tous les matins, il est obligé de traverser Salvador de Bahia, pour gagner la zone portuaire où il effectue plusieurs petits boulots : docker, charpentier, magasinier…

A l’âge de 12 ans, un capoeiriste du nom de Bentinho l’initie à la capoeira, il deviendra son maître durant 4 ans.

Contrairement aux idées reçues, une révolution se fait dans la durée, par étapes successives qui mènent inexorablement vers un point de non-retour. Nous allons ici aborder les trois phases qui ont permis à Bimba de hisser la capoeira au rang de sport national.

 

La remise en cause du statut quo

 

Dans la vie on distingue trois types de personne :

  • Les religieux : ceux qui ont la foi et qui respectent les règles
  • Les hérétiques : ceux qui ont la foi et qui ne respectent pas les règles
  • Les athées : ceux qui n’ont pas la foi et qui ne respectent pas les règles

De toute évidence Bimba était un hérétique. La capoeira pratiquée à son époque était inefficace pour lutter ou se défendre. Elle n’était plus le symbole de résistance utilisé par les esclaves mais un simple divertissement pour touriste.

Manuel dos Reis Machado a su casser les codes en instaurant des règles de conduite que chaque élève devait suivre et en mettant en place une méthode d’enseignement inédite.

Convaincu de la supériorité de la Régionale, il défia et vainquit les meilleurs combattants des autres arts martiaux de l’époque, légitimant ainsi l’efficience de sa lutte

 

La fondation d’une communauté

 

turma-de-bimbaUne révolution nécessite de mettre en place une communauté solidaire et dévouée. Devenir élève du maître n’était pas chose facile et pour cause ! Les candidats devaient résister à la prise de la cravate, un étranglement au cou, exécuté par Bimba lui-même, jusqu’à ce le maître ait décidé d’arrêter !

D’ailleurs, Bimba dira « La capoeira est pour tous, mais tous ne sont pas fait pour la capoeira ».

Les élèves voient en leur maître un véritable leader qu’ils n’hésitent pas à aider dans sa quête. Fait très rare au début du 20ème siècle, toutes les ethnies étaient représentées durant ses cours. Cependant la majorité des personnes présentes dans son académie est issue la classe moyenne brésilienne.

 

L’utilisation des médias

 

Une révolution s’accompagne nécessairement de moyens de communication. Faisant parti des rares maîtres de capoeira à posséder son académie de capoeira, celle-ci est un espace permettant aux élèves de discuter et d’échanger librement et de renforcer leurs liens d’amitié.

Bimba utilise aussi les médias de masse pour asseoir son autorité et toucher le plus grand nombre d’individu : multiplie les entrevues avec les journalistes, acceptent les reportages vidéo qu’on lui propose.

Il enchaîne les représentations officielles devant les hommes politiques dont la plus célèbre fut en la présence du président Getúlio Vargas, ce même président qui déclara « la capoeira est l’unique sport véritablement national ».

 

Lexique

Batuque: Lutte pratiquée par son père

Bimba: nom désignant l’organe génital masculin dans la région du Nordeste. Ce surnom lui a été donné suite à un pari entre sa mère et la sage-femme se demandant quel serait le sexe du bébé.

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