Capoeira: avec ou sans chaussures ?

Il est tout à fait probable que tu ne te sois jamais posé cette question. J’étais dans ce cas-là à mes débuts. Lorsque j’étais à la recherche d’un groupe de capoeira et que j’ai pour la première fois assisté à un cours, tous les élèves pratiquaient pied nu. Naturellement, c’est pied nu que je me suis présenté à mon premier cours et aux suivants. Le corps s’habituant très vite, on passe très vite outre la douleur des premières ginga.

À cette époque, j’étais loin de m’imaginer à quel point ce choix avait une portée historique et traditionnel. Pour comprendre ce phénomène, essaie de jouer dans une ronde angola sans chaussures, puis reviens me voir.

Entre la fin du 19eme et le début du 20eme siècle, les capoeiristes sont en grande majorité des descendants d’esclaves venus d’Afrique Noire. Il y a fort à parier que ces esclaves travaillaient pieds nus et ce pour plusieurs raisons. Premièrement fabriquer des souliers a un coût, un luxe réservé à ceux qui peuvent se l’offrir car les machines et outils de l’époque ne sont pas suffisamment perfectionnés pour en produire en masse. Deuxièmement, pour des raisons dissuasives, cela permet de décourager les esclaves de fuir. La distance parcourue serait beaucoup plus grande en étant chaussé. Enfin, on évite par la même occasion les querelles et les jalousies entre esclaves, si certains en possèdent alors les autres réclameront leur paire.

De fait, après la signature de la loi d’Or*, porter des chaussures représentaient pour beaucoup un acte de liberté, une manière de s’extirper de sa condition d’esclave en brandissant fièrement ses chaussures.

Ainsi, le port de la chaussure représente l’acte d’affranchissement de l’esclave et par extension ce désir ardent de liberté qui est l’essence même de la capoeira

Pastinha recommandait à ses élèves de jouer avec des chaussures. Mestre Moraes continue de lutter pour le respect des traditions et le port des souliers dans la ronde et pendant les entraînements fait partie de l’une d’elles. Mestre Bimba attachait-il autant d’importance à ce détail là ? Les rares images et vidéos que nous avons de lui tenant la ronde nous indique que non.

Avec la mondialisation de la capoeira, l’aspect traditionnel s’efface peu à peu pour laisser au côté fonctionnel. Nous portons des chaussures pour jouer, certes, mais les raisons ne sont pas liées à la tradition. A l’inverse, nous pouvons décider de ne pas en porter et ce peu importe la cause. Citons quelques arguments que l’on entend assez régulièrement :

  • Jouer nu-pied est plus agréable sur certains sols
  • À l’inverse, certains vont assimiler le fait de jouer nu-pied à un acte d’insoumission. Notre pied renoue contact avec l’humus, le sol.
  • Un tel aura les pieds fragiles et s’épanouira avec des tennis.
  • D’autres voudront simplement se protéger des chocs.

La capoeira n’est pas le seul sport concerné par cette question. Figure-toi qu’il se passe la même chose pour la course à pied. De nombreux coureurs n’utilisent pas de baskets pour courir, d’ailleurs il m’arrive de courir sans chaussures dès que les conditions idéales se réunissent.

Les avantages sont nombreux à courir sans chaussures, une sensation de légèreté s’empare de nous, la foulée est plus gracieuse, un tantinet bondissant. Les sens s’affutent, en effet, Le pied est une zone riche en fibres nerveuses. Néanmoins, courir pied nu requiert de la technique d’où l’intérêt d’opérer une transition en douceur et de diminue progressivement la largeur de ta semelle.

Sur un plan purement technique, la capoeiriste verra sa façon de se mouvoir et de faire la ginga se modifier en fonction du type de tennis qu’il porte. On peut effectuer le même parallèle avec la course, plus la semelle est épaisse plus ta capacité à amortir les chocs est importante, par contre on éprouve moins de sensations aux pieds. A toi de trouver le bon compromis car tu as tout intérêt à savoir jouer avec et sans chaussures ! Le capoeiriste est semblable au caméléon. Il s’adapte à chaque situation.

 

 

Lexique 

Loi d’Or : loi signée par la princesse Isabelle en 1888 qui abolit l’esclavage au Brésil.

En Savoir plus

Entrevue en portugais de Mestre Bigo par la journaliste Letícia Cardoso de Carvalho de la revue Brésilienne Revista Capoeira

Article Mestre Moraes en portugais Diga-me seu nome e dir-te quem és

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